WHAT BELONGS TO YOU | CONCERTO NET - REVIEW


Dix opéras américains : What Belongs to You

Auteur du livret de son huitième ouvrage de théâtre musical, Ce qui t’appartient (2021), « opéra pour ténor et sinfonietta », David T. Little (né en 1978) a adapté le roman éponyme (2016) de Garth Greenwell (né en 1978), qui narre la rencontre entre un professeur américain et un jeune prostitué bulgare au charisme magnétique – l’écrivain a enseigné à Sofia jusqu’en 2013 – dans une relation où s’entremêlent prédation réciproque et sentiments amoureux. Little revendique de se tourner vers le passé, à savoir « le mystérieux mélange d’érotisme et de dévotion que l’on trouve chez Benjamin Britten, John Dowland, Claudio Monteverdi, Giovanni Valentini, Franz Schubert et Gérard Grisey », « la gravité de la dévotion présente chez des artistes comme Francisco de Zurbarán » et « la patine d’une beauté qui s’efface, évoquée par les peintures de vanités ». Sa musique, si elle est composite et plus proche de Britten que de Grisey, n’est pas passéiste : la variété des climats, du drame à l’onirisme, de l’érotisme à la contemplation, et la qualité de l’écriture vocale lui permettent de relever un pari audacieux, celui de soutenir l’attention avec un seul personnage sur scène durant une heure et demie. L’ensemble instrumental (flûte, hautbois, deux clarinettes, basson, cor, trompette, trombone, percussion, synthétiseur, quintette à cordes) contribue également à rendre très prenante l’écoute des trois parties (« Mitko », « Une tombe », « Vérole ») de ce monodrame. L’enregistrement de la création en 2024 à Richmond dans une mise en scène de Mark Morris et sous la direction d’Alan Pierson (né en 1974), avec l’ensemble Alarm Will Sound, permet de bénéficier de la prestation exceptionnelle de Karim Sulayman, remarquablement investi dans son rôle : nullement mise en difficulté par les exigences de la durée comme de la partition, sa voix escalade les aigus avec aisance et suavité (album de deux disques Bright Shiny Things BSTC‑0240). SC